Vers de meilleures décisions sous un nouvel éclairage

Chasseurs inuits qui utilisent leur savoir écologique traditionnel sur leur territoire
Source: http://www.sciencepoles.org/uploads/pictgalleries_images/016_indigenous_knowledge_use.jpg

En étudiant l’histoire des études d’impact sur l’environnement (ÉIE), il appert que le public a été la plus importante source de pression à l’origine de la création du processus d’ÉIE au Canada et à sa légalisation (Gibson, 2002). Il n’est pas surprenant alors que très rapidement la consultation du public ait été une composante importante des ÉIE (Noble, 2010). La participation publique peut être définie comme l’engagement d’individus ou de groupes qui sont affectés positivement ou négativement par une intervention proposée (André et al. 2006). Les peuples autochtones comptent parmi les groupes les plus affectés par les projets sujets  à une ÉIE, vu que les ressources non exploitées se retrouvent souvent sur leurs territoires.

En 1997, la cour suprême a confirmé que le gouvernement du Canada doit consulter les populations autochtones de façon sérieuse dans le but de connaître leurs inquiétudes (Bibliothèque du Parlement, 2000). L’ampleur de la consultation dépend de la sévérité de l’impact potentiel ainsi que des droits acquis par les autochtones sur le territoire en question.

Les autochtones sont des génies de la géographie locale (Lopez, 1998). Ils connaissent l’environnement dans lequel ils vivent, les fonctions de l’écosystème, la distribution des ressources et la relation entre nature et culture (mentionné dans ce billet par jpatch16: https://mastereia.wordpress.com/2012/02/04/traditional-ecological-knowledge-and-its-role-in-environmental-impact-assessment/).

Composantes du savoir écologique traditionnel
Source: http://www.iphandbook.org/handbook/ch16/p07/

Il sont une source d’information utile aux ÉIE. En effet, dans le cadre d’ÉIE et d‘entités de cogestion, l’incorporation du savoir écologique traditionnel des autochtones dans les décisions gouvernementales est répandue (Nadasdy, 1999). L’ÉIE sur le projet de gaz Mackenzie, publiée en 1977, a fait l’objet de la consultation la plus exhaustive jamais effectuée auprès des autochtones (Vidéos à ce sujet à partir de ce lien http://www.cbc.ca/news/business/story/2010/12/16/f-mackenzie-valley-pipeline-history.html).

Peter Usher divise en quatre catégories l’information sur le savoir écologique traditionnel :

Catégorie 1 : Savoir factuel et rationnel au sujet de l’environnement
Catégorie 2 : Savoir factuel au sujet des usages passés et actuels de l’environnement
Catégorie 3 : Valeurs et croyances morales et éthiques par rapport à la façon de vivre et comment les choses devraient être
Catégorie 4 : Le cadre dans lequel le savoir a été créé, la fondation qui supporte les autres catégories

Modifié par Élyse Maisonneuve inspiré par Usher, 2000

Seulement les deux premières catégories d’Usher (savoir factuel sur l’environnement et ses usages) sont considérées importantes dans le cadre scientifique qui est utilisé par le gouvernement pour arriver à des décisions notamment pour les ÉIE. Les catégories trois et quatre, soit les valeurs, croyances et le cadre conceptuel du savoir traditionnel autochtone sont considérées comme superflues (Nadasdy, 1999). Cependant, le savoir écologique s’il est réduit à de simples faits, est extrait de son contexte (valeurs, relations sociales, pratiques et croyances) qui lui donne sa valeur. Les autochtones connaissent leurs territoires de façon intime et humaine, par expérience et par l’entremise de relations avec tous les êtres vivants qui l’habitent (Lopez, 1998). Cette relation spirituelle avec la nature ne peut être séparée des faits scientifiques. Le processus de distillation, qui sépare les faits de la spiritualité,  qui doit être adopté pour incorporer le savoir traditionnel dans la méthodologie scientifique des ÉIE, est problématique (Nadasdy, 1999). Pour quelle raison la science est-elle valorisée comme la seule façon rationnelle de comprendre notre monde et d’arriver à des décisions? La science, comme le savoir traditionnel, est le fruit d’une manipulation sociale par un groupe de gens pour mieux comprendre le monde (Nadasdy, 1999). Prenons le temps d’ouvrir notre esprit, écouter, et peut être que nous arriverons à de meilleures décisions si nous considérons le nouvel éclairage que peut nous fournir les valeurs autochtones.

Références :

  1. André P. et al. (2006) Public Participation : International Best Practice Principles. Special Publication Series no. 4. Fargo, ND: IAIA.
  2. Bibliothèque du Parlement (2000) Titre aborigène: la décision de la cour suprême du Canada dans Delgamuukw c. Colombie Britannique. Disponible à partir de : http://www.parl.gc.ca/Content/LOP/ResearchPublications/bp459-f.htm. Consulté le 10 octobre 2012.
  3. Gibson, R.B. (2002) From Wreck Cove to Voisey’s Bay: the evolution of environmental assessment in Canada. Impact Assessment and Project Appraisal, 20(3), 151-159.
  4. Lopez, B. (1998) About this life: Journeys on the threshold of memory. Toronto: Random House of Canada.
  5. McDonald, M. (1998) Aboriginal Forestry in Canada. The Native Investment & Trade Association [re-printed in Anderson R. B. & Bone R. (2009) Natural Resources and Aboriginal Peoples in Canada (second ed.) Cactus Press: Ontario].
  6. Noble, B. (2010) Introduction to Environmental Impact Assessment : A guide to principles and Practice.
  7. Nadasdy, Paul (1999) The politics of TEK: Power and the “integration” of knowledge. Arctic Anthropology 36(1-2) 1-18.
  8. Usher, Peter J. (2000) Traditional Ecological Knowledge in Environmental Assessment and Management. Arctic 53(2): 183-193.
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